Vincent Faïta et Jean Robert : Résistants Francs-tireurs et partisans (FTP)

La Justice sous l’Occupation

Réunie en catastrophe à Vichy le 10 juillet 1940, l'Assemblée nationale vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. À 84 ans, il devient alors le chef de l'État français et peut rendre la justice, écrire la loi et la faire appliquer.

Le nouveau gouvernement en place s’installe à Vichy, en zone non occupée, et conserve un pouvoir de police et de justice qui va occuper une place centrale. Le régime de Vichy repose en effet sur la justice et l’ordre, deux principes fondamentaux qui visent à mieux contrôler la population sous administration vichyssoise pour assurer la stabilité politique et asseoir l’autorité du pouvoir. 

Le régime de Vichy s'emploie ainsi à réprimer les activités jugées antinationales en zone non occupée, en prenant appui sur l'appareil juridique hérité de la 3e République. Ce sont les tribunaux correctionnels qui jugent les actes "subversifs", propos "séditieux" et autres "insultes" à la personne du maréchal.

Face à l’intensification des actes de résistance, un tribunal d’exception est instauré avec des sections spéciales créées par la loi du 14 août 1941 visant particulièrement les communistes afin de réprimer toute résistance à "l’ordre nouveau" que l’État français entend créer en collaboration avec l’Allemagne nazie.

Les sections spéciales sont instituées auprès de chaque tribunal militaire ou maritime, ou à défaut auprès d’une section de la cour d’appel, pour juger directement et sans instruction préalable, les individus arrêtés en flagrant délit d’infraction pénale résultant d’une activité communiste ou anarchiste. Il s’agit en effet, pour les autorités d’occupation allemandes et l’État français, de lutter rapidement contre toutes formes d’actes de lutte armée de résistance, notamment communistes.

Les sections spéciales jugent "toutes infractions pénales quelles qu’elles soient, si elles sont commises pour favoriser le terrorisme, le communisme, l’anarchie ou la subversion sociale et nationale ou pour provoquer ou soulever un état de rébellion contre l’ordre social légalement établi". Les jugements rendus ne sont susceptibles d’aucun recours, ni pourvoi en cassation, et sont exécutoires immédiatement.

Cette législation, instrument juridique de la répression politique, sera abolie à la Libération.

Le Parti communiste français

Le 26 septembre 1939, soit trois semaines après le début de la guerre, le conseil des ministres adopte un décret-loi prononçant la dissolution de la Section française de l’Internationale communiste (SFIC) autrement dit le Parti communiste français : 

Art. 1 : "Est interdite, sous quelque forme qu'elle se présente, toute activité ayant directement ou indirectement pour objet de propager les mots d'ordre émanant ou relevant de la Troisième internationale communiste ou d'organismes contrôlés en fait par cette Troisième internationale".

Cette décision du gouvernement encore dirigé par Édouard Daladier, radical-socialiste, s’explique par la mobilisation du Parti communiste français en faveur du pacte germano-soviétique et de la paix.

Le Parti communiste français ne condamne d’ailleurs pas non plus l’entrée des troupes soviétiques en Pologne le 17 septembre 1939.

Ce premier décret Daladier est complété quelques semaines plus tard, par un second décret en date du 18 novembre 1939 : 

Art. 1 : "Les individus dangereux pour la défense nationale et la sécurité publique peuvent, sur décision du préfet, être astreints à résider dans un centre désigné par décision du ministre de la Défense nationale et de la guerre et du ministre de l'Intérieur".

Désormais, les communistes désignés comme "indésirables" sont donc susceptibles, sur simple décision administrative, d’être enfermés dans un camp ou conduits en prison.

Tout bascule le 22 juin 1941, lorsque les Allemands rompent le pacte germano-soviétique et attaquent sur le front de l’Est.

Les répercussions sont immédiates en France alors que les communistes entrent dans la lutte armée contre l’Allemagne nazie. L'attentat du 21 août 1941 au cours duquel le colonel Fabien (cadre des Francs-tireurs et partisans - FTP) abat l'aspirant de Marine Moser à Paris, à la station de métro Barbès-Rochechouart, constitue le point de départ du recours aux sections spéciales comme instrument de répression. Les autorités allemandes décident alors de faire exécuter en représailles 50 otages, parmi les prisonniers juifs qu'elles détiennent. Elles acceptent de revenir sur leur décision mais à la condition expresse qu'un tribunal français prononce six condamnations à mort. Il y en aura trois finalement.

Vichy utilise alors les sections spéciales pour juger et condamner rapidement des accusés. Ces juridictions d'exception ne prévoient en outres aucune circonstance atténuante, ni peine avec sursis, ni recours possible.

Arrestation, procès et condamnation de Jean Robert et Vincent Faïta

C’est dans ce contexte, que s’inscrit le procès de deux jeunes résistants communistes des Francs-tireurs et partisans (FTP), Vincent Faïta et Jean Robert dans le Gard.

Ils sont arrêtés en 1943 par la police française chargée par le Gouvernement de Vichy de la lutte contre le "terrorisme". Le vocable "terroriste" apparaît officiellement pour la première fois dans la loi du 5 juin 1943, promulguée par le régime de Vichy.

Le 6 mars 1943, Vinicio Faïta, membre des FTP, fait l'objet d'un contrôle d'identité de routine à la gare de Nîmes.

Il vient de purger une peine d'un an de prison prononcée par le tribunal spécial de Marseille pour activité communiste. Il est conduit au commissariat central pour vérification de son identité. En chemin, il tire sur un inspecteur sans parvenir à le tuer.

Avisé de l'arrestation de Vincent Faïta, Jean Robert, également membre des FTP, tente d'organiser son évasion à l'occasion de son transfert devant le juge d'instruction.

Mais Jean Robert est reconnu par un gardien de la paix. Il est donc arrêté à son tour avec deux camarades, Fernand Chabert et André Morel chargés de participer avec lui à l'évasion de Vincent Faïta. Deux de leurs camarades, Jean-Baptiste Casazza et Louise Madeleine Sauze, épouse Maurin, agents de liaison, sont aussi arrêtés et déférés le même jour à la section spéciale.

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Les registres d'écrous de Jean Robert et Vincent Faïta

Le procès se déroule à huis clos le 23 mars 1943 (levé seulement pour la lecture de la sentence).

Tandis que le palais de Justice de Nîmes est encerclé par la police française et allemande pour assurer la sécurité, les débats, bien que nombreux, ne durent qu'une journée.

Le verdict est sévère malgré les plaidoiries courageuses des avocats Charles Bedos et Maurice Delran (audience du 29 mars 1943).

► Jean Robert et Vincent Faïta sont condamnés à mort.

► Les trois autres hommes écopent des travaux forcés à perpétuité et sont déportés au camp de Dachau. Ils sont tous revenus en avril 1945.

► Louise Madeleine Sauze est pour sa part condamnée à 5 ans de travaux forcés.

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Les actes judiciaires relatifs à la condamnation et à l’annulation des jugements de la section spéciale de la cour d’appel de Nîmes du 29 mars 1943

Un recours en grâce est immédiatement déposé mais il restera sans réponse.

Vincent Faïta et Jean Robert sont guillotinés le 22 avril 1943 dans la cour de la maison d’arrêt de Nîmes, contiguë au palais de Justice de Nîmes, sis boulevard des arènes.

On laisse aux deux condamnés le temps d'écrire à leurs proches. 

…Je ne voudrai pas être pessimiste, mais je tiens à vous mettre en garde contre un optimisme exagéré, gardez de l’espoir, il faut en avoir jusqu’au bout, mais attendez-vous aussi au pire, de cette façon vous éviterez toute surprise.

Une chose cependant ne doit pas vous abandonner, c’est le courage, avec un bon moral on vient à bout des pires peines. Courage et confiance en l’avenir … 

Lettre de Vincent Faïta à sa sœur Licia, après sa condamnation à mort - Nîmes 11 avril 1943. (Extrait du CD-Rom "La Libération dans le Gard" - Arch. dép. du Gard : 9 AV 15).

► Jean Robert, à sa demande, est exécuté le premier en chantant la Marseillaise.

► Vincent Faïta, est à son tour exécuté, après avoir crié : "Vive le Parti communiste !"

► Quant à Louise Madeleine Sauze, elle est décédée le 24 septembre 1945 à son domicile, 11 chemin Frédéric-Mistral à l’âge de 23 ans.

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Leurs actes de décès

Jean Robert

  • Le 22 avril 1943 décède, 1 boulevard des arènes, Jean Auguste Robert, bobineur électricien. Dressé le jour susdit, sur la déclaration d’un greffier à la cour d’appel et signé avec un conseiller municipal de Nîmes, officier de l’État civil.
  • La mention marginale "Mort pour la France" ne figure pas sur l'acte de décès de Jean Robert. Il s'agit vraisemblablement d'un oubli puisque cette mention figure bien dans la table de décès à son nom.

Vincent Faïta

  • Le 22 avril 1943 est décédé, boulevard des arènes, Vincent Faïta, ajusteur mécanicien. Dressé le jour susdit, sur la déclaration d’un greffier à la cour d’appel et signé avec un conseiller municipal de Nîmes, officier de l’État civil.
  • Mention additive : Mort pour la France.

Louise Madeleine Sauze

  • Mention additive : Mort pour la France par décision du ministre des Anciens combattants et victimes de guerre en date du 28 juin 1966.
  • À la Libération, au moment de l’épuration, le président de la section spéciale est assassiné le 28 août 1944 en pleine rue, par des individus qui ne seront jamais identifiés.

Biographies

Vincent FAÏTA

Vincent Faïta est né le 5 mai 1918 à La Spezia (Italie). Ses parents se réfugient en France dès 1921 pour fuir le fascisme. Á 14 ans, il devient apprenti dans une entreprise de réparations automobiles dans un quartier de Marseille puis il entre à l’école d’apprentissage pour devenir ajusteur-outilleur. Il exerce un temps son métier aux usines Paulet à Marseille (fabrication d’armes et d’horlogerie).

Il adhère aux Jeunesses communistes en 1935 et devient l’un des premiers élèves de l’école à se syndiquer à la CGT au début de l’année 1936. Vincent Faïta rencontre Jean Robert au foyer des jeunesses communistes des Aciéries du Nord dans le quartier nord de Marseille. Ils participent ensemble aux grèves de 1936, 1937 et surtout à celle du 30 novembre 1938.

Il est arrêté le 28 janvier 1942 sur son lieu de travail par la brigade spéciale de Vichy. Il est en effet resté membre du Parti communiste français (PCF), pourtant interdit dès septembre 1939 sous le gouvernement Daladier, et s’occupe particulièrement de l’aide aux clandestins. Condamné par le tribunal militaire de Marseille pour reconstitution d’organisation politique dissoute, il est incarcéré au fort Saint-Nicolas de Marseille où il retrouve son ami d’enfance Jean Robert.

Vincent Faïta est ensuite interné au camp de Mauzac en Dordogne d’où il réussit à s’évader le 31 janvier 1943. Il rejoint à Nîmes l’organisation clandestine du PCF dans les rangs des Francs-tireurs et partisans main-d’œuvre immigrée (FTP-MOI). Il participe à plusieurs actions dans ce groupe mais il est à nouveau arrêté par la police vichyssoise en mars 1943. 

Vincent Faïta est condamné à la peine de mort un mois plus tard par la section spéciale de la cour d’appel de Nîmes pour action militaire contre les troupes d’occupation. Il a alors 25 ans.

Il sera homologué interné résistant (DIR), Forces Françaises de l’Intérieur (FFI) et décoré de la médaille de la Résistance par décret du 17 décembre 1968 (JORF du 17 janvier 1969).

Jean Auguste ROBERT

Né à Marseille le 4 juillet 1917, Jean Robert est un jeune ouvrier électricien communiste, qui participe à la résistance armée. Militant clandestin dès 1939, il rejoint Nîmes en février 1940.

Arrêté le 2 janvier 1942 et interné au fort Saint-Nicolas à Marseille, il s’évade le 27 janvier et retourne à Nîmes où il prend la direction d’un groupe des Francs-tireurs et partisans français (FTPF).

Il participe avec Vincent Faïta à l’organisation clandestine du parti communiste et donne l’assaut à un fourgon cellulaire pour libérer des camarades. Rapidement repérés par la police, ils sont internés à la maison centrale de Nîmes le 3 mars 1943. Bien qu’atrocement torturés, ils ne dévoilent pas le nom des membres de leur organisation. Marguerite Charmasson ou Darmasson, l’épouse de Jean, venue le voir en détention, ne le reconnait pas tant il est défiguré par les coups. Condamné à mort en avril 1943, son recours en grâce reste sans suite. Il est alors âgé de 26 ans. Amené le 22 avril au matin, il chante La Marseillaise et l’Internationale avant d’être guillotiné, dans la cour de la maison d’arrêt de Nîmes. Il laisse un fils, Jean-Claude.

Jean Robert recevra la mention "Mort pour la France" et sera homologué lieutenant des FFI à titre posthume.

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La plaque commémorative de Jean Robert, Vincent Faita

Une plaque commémorative est apposée à Nîmes devant le palais de Justice le 14 mars 1979 en hommage aux deux résistants nîmois afin de commémorer leur engagement et transmettre aux générations futures la mémoire et le courage de ces martyrs devenus des figures héroïques de la Résistance communiste gardoise.

La création et la rédaction de cette plaque ont nécessité un important travail de concertation. Ce processus a réuni la mairie, la préfecture, le parquet général, l’architecte des bâtiments, ainsi que plusieurs associations d’anciens résistants et combattants Francs-tireurs et partisans français (FTPF), l’Association nationale des anciens combattants (ANACR), et l’Union française des associations de combattants (UFAC).

Les échanges ont porté sur l’équilibre à trouver entre neutralité institutionnelle et fidélité à la mémoire de la résistance. Ce dialogue a permis d’aboutir à une formulation consensuelle, respectueuse à la fois des impératifs administratifs et de la portée historique du message commémoratif.

À noter, une première plaque commémorative en hommage aux deux résistants avait été précédemment apposée sur le mur de l’ancienne maison d’arrêt de Nîmes. Mais lors de la démolition de la prison en 1970, elle fut déplacée et conservée en préfecture au bureau du patrimoine.

On pouvait lire sur l’ancienne plaque, l’inscription suivante : 

Le 22 avril 1943, derrière ces murs, tombèrent en chantant la Marseillaise pour que vive la France, Jean Robert et Vincent Faïta, héros des francs-tireurs et partisans français, guillotinés par les fascistes français… Ils avaient vingt ans…

Dans la sélection (ci-dessus) de documents relatifs à la plaque commémorative de Jean Robert et Vincent Faita, vous trouverez : 

  • Courrier de la Préfecture du Gard concernant le changement de libellé de la plaque (14 mars 1979). 
  • Rapport confidentiel relatif à l’apposition d’une plaque sur le mur de la nouvelle aile du palais de Justice - (3 pages).
  • Extrait du Midi Libre Gard. Mercredi 25 avril 1979.
  • Extrait du journal de La Marseillaise. Jeudi 26 avril 1979.
  • Courrier de la ville de Nîmes invitant à la cérémonie commémorative de Jean Robert et Vincent Faïta (5 avril 1979).
  • Courrier du Procureur Général de la Cour d’appel de Nîmes à l’attention du préfet du Gard concernant l’apposition de la plaque sur un édifice départemental sur la voie publique (24 juillet 1979).
  • Courrier de la ville de Nîmes à l’attention du Procureur général concernant le libellé de la plaque commémorative (20 juillet 1979) - (2 pages).
  • Courrier du maire de Nîmes à l’attention du procureur général concernant le libellé de la plaque commémorative (16 juillet 1979).
  • Courrier du Procureur général du Gard à l’attention du maire de Nîmes concernant le devis et le libellé de la plaque commémorative (5 juillet 1979) - (2 pages).
  • Courrier de la ville de Nîmes à l’architecte monsieur Chausse concernant l’emplacement de la plaque commémorative au palais de Justice (25 avril 1979).
  • Courrier de Pierre Degrave à l’attention de la ville de Nîmes concernant le 36ème anniversaire de la mort de Jean Robert et Vincent Faïta (18 avril 1979).
  • Courrier de la ville de Nîmes à l’attention du préfet du Gard Nîmes concernant le 36ème anniversaire de la mort de Jean Robert et Vincent Faïta (5 avril 1979).

Plus d'infos

Sur Charles Bedos

Le bâtonnier Charles Bedos, qui a ardemment défendu Jean Robert et Vincent Faïta lors de leur procès, est à son tour arrêté par la Gestapo en octobre 1943 et déporté au camp de Mauthausen en Autriche, d'où il reviendra après la capitulation allemande.

L’article du Midi Libre du 29 mars 2010 rend hommage à Charles Bedos à l’occasion de l’apposition d’une plaque commémorative en sa mémoire aux côtés de Jean Robert et Vincent Faïta. Figure de la Résistance nîmoise et modèle d’engagement civique et professionnel, il rejoint les réseaux résistants pendant la Seconde Guerre mondiale et participe activement à la lutte contre l’occupant nazi. Il survit au camp de Mauthausen malgré des conditions extrêmes. Il en sort très affaibli et ne pèse plus que 39 kg à sa libération.

Après la guerre, il s’installe à Nîmes où il devient avocat puis bâtonnier, reconnu pour son intégrité et son courage. Il incarne une vision noble de la profession d’avocat : la défense des libertés, le refus du renoncement et la fidélité à ses valeurs.

L’article souligne également son héritage moral : pour ses confrères, sa vie est un exemple de droiture, un rappel du devoir de mémoire.

Charles Bedos avait rendu dans les arènes de Nîmes le 1er septembre 1945, un vibrant hommage aux victimes de la barbarie nazie dans les camps de la mort.

Extrait du discours prononcé par Charles Bedos dans les arènes de Nîmes dans "Cérémonies d’hommage au bâtonnier Charles Bedos" (Arch. dép. du Gard : BIB BR 4056)

"10 mois se sont écoulés depuis que la grosse masse des déportés politiques -pauvre et lamentable masse en vérité, des faméliques survivants- a été rapatriée.
Depuis lors, et même depuis que les tanks libérateurs ont rompu les fils barbelés, l’opinion mondiale a été informée des hallucinantes horreurs qui se passaient dans les camps de concentration créés et dirigés par les nazis.
Toute une littérature a fleuri sur ces enfers. Des photos et des films ont été présentés au public.
De nombreux et ardents conférenciers, d’autant plus émouvants qu’ils évoquaient leur propre calvaire, en ont instruit de vastes auditoires.
J’ai lu cette littérature, 
J’ai vu les photos et les films,
J’ai religieusement écouté les orateurs qui, avec des talents divers, s’évertuaient à faire revivre les heures atroces qu’ils avaient vécues.
J’ai observé le respect, l’émotion et les réactions des lecteurs, spectateurs et auditeurs que secouaient souvent des frissons d’horreur.
J’ai vu bien des yeux se remplir de larmes.
Et bien, malgré ce, je proclame que nul -hormis ceux qui sont passés par là – ne peut se faire une idée, même lointaine du régime de souffrances et de détresses, d’atrocités et de tueries, d’agonies et de mort qui régnait dans les camps maudits.
Quelles que soient en effet la précision et la fidélité de la photographie immobile ou filmée (faite évidemment après la libération des cams donc étrangère à leur vie),
Quel que soit l’art descriptif de l’écrivain et sa puissance d’évocation, quels que soient le talent de l’orateur, la richesse des expressions, le coloris de ses images,
Il est des visions, 
Il est des bruits,
Il est des couleurs et des odeurs, 
Il est des sensations, des sentiments, des émotions,
Il est surtout des atmosphères, des climats fait précisément de ces bruits, de ces odeurs et de ces sensations qui échappent à toute reproduction.
[…]
Une conclusion cependant
Et en terminant, je dois vous dire que, s’il se trouve des rescapés, des survivants, c’est précisément parmi ceux qui, à travers leurs angoisses et leur désespoir, ont toujours conservé une petite flamme d’espérance.
Cette espérance, c’est la conviction que nous souffrions et nous mourrions pour la plus noble cause, pour la liberté, pour notre patrie régénérée.
Oui, que la France était belle quand, à des centaines de kilomètres et terrassés par des kapos, nous la revivions derrière les barbelés !
Aussi, pour que nos camarades ne soient pas morts en vain, pour que tant de sacrifices soient féconds, nous vous disons une seule chose :

Faites la nouvelle France comme nous l’avons rêvée et comme nous l’avons aimée !