Vincent Faïta et Jean Robert : résistants francs-tireurs et partisans (FTP)
Le 6 mars 1943, Vinicio (dit Vincent) Faïta, membre des FTP, fait l'objet d'un contrôle d'identité de routine à la gare de Nîmes. Il vient de purger une peine d'un an de prison prononcée par le tribunal spécial de Marseille pour activité communiste. Il est conduit au commissariat central pour vérification de son identité. En chemin, il tire sur un inspecteur sans parvenir à le tuer.
Avisé de l'arrestation de Vincent Faïta, Jean Robert, également membre des FTP, tente d'organiser son évasion à l'occasion de son transfert devant le juge d'instruction. Mais Jean Robert est reconnu par un gardien de la paix. Il est donc arrêté à son tour avec deux camarades, Fernand Chabert et André Morel chargés de participer avec lui à l'évasion de Vincent Faïta. Deux de leurs camarades, Jean-Baptiste Casazza et Louise Madeleine Sauze, épouse Maurin, agents de liaison, sont aussi arrêtés et déférés le même jour à la section spéciale.
Le procès
Il se déroule à huis clos le 29 mars 1943 (Le huis clos sera levé seulement pour la lecture de la sentence). Tandis que le palais de justice de Nîmes est encerclé par les polices française et allemande pour assurer la sécurité, les débats, bien que nombreux, ne durent qu'une journée.
Le verdict est sévère malgré les plaidoiries courageuses des avocats Charles Bedos et Maurice Delran. Jean Robert et Vincent Faïta sont condamnés à mort, les 3 autres hommes écopent des travaux forcés à perpétuité et sont déportés au camp de Dachau. Ils sont tous revenus en avril 1945.
Louise Madeleine Sauze est pour sa part condamnée à 5 ans de travaux forcés.
Un recours en grâce est immédiatement déposé mais il restera sans réponse.
Vincent Faïta et Jean Robert sont guillotinés le 22 avril 1943 dans la cour de la maison d’arrêt de Nîmes, contiguë au palais de Justice de Nîmes, sis boulevard des arènes.
On laisse aux deux condamnés le temps d'écrire à leurs proches.
…Je ne voudrai pas être pessimiste, mais je tiens à vous mettre en garde contre un optimisme exagéré, gardez de l’espoir, il faut en avoir jusqu’au bout, mais attendez-vous aussi au pire, de cette façon vous éviterez toute surprise.
Une chose cependant ne doit pas vous abandonner, c’est le courage, avec un bon moral on vient à bout des pires peines. Courage et confiance en l’avenir …
Lettre de Vincent Faïta à sa sœur Licia, après sa condamnation à mort - Nîmes 11 avril 1943. (Extrait du CD-Rom "La Libération dans le Gard" - Arch. dép. du Gard : 9 AV 15).
- Jean Robert, à sa demande, est exécuté le premier en chantant la Marseillaise.
- Vincent Faïta, est à son tour exécuté, après avoir crié : "Vive le Parti communiste !"
- Quant à Louise Madeleine Sauze, elle est décédée le 24 septembre 1945 à son domicile, 11 chemin Frédéric-Mistral à l’âge de 23 ans.
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Les actes judiciaires relatifs à la condamnation et à l’annulation des jugements de la section spéciale de la cour d’appel de Nîmes du 29 mars 1943
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Leurs actes de décès
Jean Robert
- Le 22 avril 1943 décède, 1 boulevard des arènes, Jean Auguste Robert, bobineur électricien. Dressé le jour susdit, sur la déclaration d’un greffier à la cour d’appel et signé avec un conseiller municipal de Nîmes, officier de l’État civil.
Vincent Faïta
- Le 22 avril 1943 est décédé, boulevard des arènes, Vincent Faïta, ajusteur mécanicien. Dressé le jour susdit, sur la déclaration d’un greffier à la cour d’appel et signé avec un conseiller municipal de Nîmes, officier de l’État civil.
- Mention additive : Mort pour la France.
Louise Madeleine Sauze
- Mention additive : Mort pour la France par décision du ministre des Anciens combattants et victimes de guerre en date du 28 juin 1966.
- À la Libération, au moment de l’épuration, le président de la section spéciale est assassiné le 28 août 1944 en pleine rue, par des individus qui ne seront jamais identifiés.
L’avocat : Charles Bedos
Charles Bedos, défenseur de Jean Robert et Vincent Faïta lors de leur procès, est à son tour arrêté par la Gestapo en octobre 1943 et déporté au camp de Mauthausen en Autriche.
Figure de la Résistance nîmoise et modèle d’engagement civique et professionnel, il rejoint les réseaux résistants et participe activement à la lutte contre l’occupant nazi. Il survit au camp de Mauthausen malgré des conditions extrêmes. Il en sort très affaibli et ne pèse plus que 39 kg à sa libération.
Après la guerre, il s’installe à Nîmes où il redevient avocat puis est élu bâtonnier. Reconnu pour son intégrité et son courage, il incarne une vision noble de la profession d’avocat : la défense des libertés, le refus du renoncement et la fidélité à ses valeurs.
Le 1er septembre 1945, dans les arènes de Nîmes, il rend un vibrant hommage aux victimes de la barbarie nazie dans les camps de la mort.
Extrait du discours prononcé par Charles Bedos dans les arènes de Nîmes dans "Cérémonies d’hommage au bâtonnier Charles Bedos" (Arch. dép. du Gard : BIB BR 4056)
"10 mois se sont écoulés depuis que la grosse masse des déportés politiques -pauvre et lamentable masse en vérité, des faméliques survivants- a été rapatriée.
Depuis lors, et même depuis que les tanks libérateurs ont rompu les fils barbelés, l’opinion mondiale a été informée des hallucinantes horreurs qui se passaient dans les camps de concentration créés et dirigés par les nazis.
Toute une littérature a fleuri sur ces enfers. Des photos et des films ont été présentés au public.
De nombreux et ardents conférenciers, d’autant plus émouvants qu’ils évoquaient leur propre calvaire, en ont instruit de vastes auditoires.
J’ai lu cette littérature,
J’ai vu les photos et les films,
J’ai religieusement écouté les orateurs qui, avec des talents divers, s’évertuaient à faire revivre les heures atroces qu’ils avaient vécues.
J’ai observé le respect, l’émotion et les réactions des lecteurs, spectateurs et auditeurs que secouaient souvent des frissons d’horreur.
J’ai vu bien des yeux se remplir de larmes.
Et bien, malgré ce, je proclame que nul -hormis ceux qui sont passés par là – ne peut se faire une idée, même lointaine du régime de souffrances et de détresses, d’atrocités et de tueries, d’agonies et de mort qui régnait dans les camps maudits.
Quelles que soient en effet la précision et la fidélité de la photographie immobile ou filmée (faite évidemment après la libération des cams donc étrangère à leur vie),
Quel que soit l’art descriptif de l’écrivain et sa puissance d’évocation, quels que soient le talent de l’orateur, la richesse des expressions, le coloris de ses images,
Il est des visions,
Il est des bruits,
Il est des couleurs et des odeurs,
Il est des sensations, des sentiments, des émotions,
Il est surtout des atmosphères, des climats fait précisément de ces bruits, de ces odeurs et de ces sensations qui échappent à toute reproduction.
[…]
Une conclusion cependant
Et en terminant, je dois vous dire que, s’il se trouve des rescapés, des survivants, c’est précisément parmi ceux qui, à travers leurs angoisses et leur désespoir, ont toujours conservé une petite flamme d’espérance.
Cette espérance, c’est la conviction que nous souffrions et nous mourrions pour la plus noble cause, pour la liberté, pour notre patrie régénérée.
Oui, que la France était belle quand, à des centaines de kilomètres et terrassés par des kapos, nous la revivions derrière les barbelés !
Aussi, pour que nos camarades ne soient pas morts en vain, pour que tant de sacrifices soient féconds, nous vous disons une seule chose :
Faites la nouvelle France comme nous l’avons rêvée et comme nous l’avons aimée !
Un article du Midi Libre du 29 mars 2010 lui rend hommage à l’occasion de l’apposition d’une plaque en sa mémoire pour la défense de Jean Robert et Vincent Faïta.
L’article souligne également son héritage moral : pour ses confrères, sa vie est un exemple de droiture, un rappel du devoir de mémoire.
Le temps du souvenir
Une plaque commémorative est apposée à Nîmes devant le palais de justice le 14 mars 1979 en hommage aux deux résistants nîmois afin de commémorer leur engagement et transmettre aux générations futures la mémoire et le courage de ces martyrs devenus des figures héroïques de la Résistance communiste gardoise.
La conception et la rédaction de cette plaque commémorative ont fait l’objet d’un important travail de concertation associant l’ensemble des parties prenantes : la ville de Nîmes, la préfecture du Gard, le parquet général, l’architecte des Bâtiments de France, ainsi que plusieurs associations mémorielles et d’anciens résistants et combattants.
Les discussions ont principalement porté sur la recherche d’un équilibre entre les exigences de neutralité propres aux institutions publiques et la nécessaire fidélité à la mémoire de la Résistance. Ce dialogue a permis d’aboutir à une formulation partagée, respectueuse à la fois des contraintes administratives et de la portée historique et mémorielle de l’hommage rendu.
Une première plaque dédiée aux deux résistants avait été apposée sur le mur de l’ancienne maison d’arrêt de Nîmes. À la suite de la démolition de l’établissement en 1970, celle-ci fut déposée puis conservée à la préfecture du Gard. On pouvait y l’inscription suivante :
Le 22 avril 1943, derrière ces murs, tombèrent en chantant la Marseillaise pour que vive la France, Jean Robert et Vincent Faïta, héros des francs-tireurs et partisans français, guillotinés par les fascistes français …Ils avaient vingt ans …
Biographies
Vincent FAÏTA
Vincent Faïta est né le 5 mai 1918 à La Spezia (Italie). Ses parents se réfugient en France dès 1921 pour fuir le fascisme. A 14 ans, il devient apprenti dans une entreprise de réparations automobiles dans un quartier de Marseille puis il entre à l’école d’apprentissage pour devenir ajusteur-outilleur. Il exerce un temps son métier aux usines Paulet à Marseille (fabrication d’armes et d’horlogerie).
Il adhère aux Jeunesses communistes en 1935 et devient l’un des premiers élèves de l’école à se syndiquer à la CGT au début de l’année 1936. Vincent Faïta rencontre Jean Robert au foyer des jeunesses communistes des Aciéries du Nord dans le quartier nord de Marseille. Ils participent ensemble aux grèves de 1936, 1937 et surtout à celle du 30 novembre 1938.
Il est arrêté le 28 janvier 1942 sur son lieu de travail par la brigade spéciale de Vichy. Il est en effet resté membre du Parti communiste français (PCF), pourtant interdit dès septembre 1939 sous le gouvernement Daladier, et s’occupe particulièrement de l’aide aux clandestins. Condamné par le tribunal militaire de Marseille pour reconstitution d’organisation politique dissoute, il est incarcéré au fort Saint-Nicolas de Marseille où il retrouve son ami d’enfance Jean Robert.
Vincent Faïta est ensuite interné au camp de Mauzac en Dordogne d’où il réussit à s’évader le 31 janvier 1943. Il rejoint à Nîmes l’organisation clandestine du PCF dans les rangs des Francs-tireurs et partisans main-d’œuvre immigrée (FTP-MOI). Il participe à plusieurs actions dans ce groupe mais il est à nouveau arrêté le 6 mars 1943. Il est condamné à la peine de mort trois semaines plus tard par la section spéciale de la cour d’appel de Nîmes pour action militaire contre les troupes d’occupation. Il a alors 25 ans.
Il sera homologué : interné résistant (DIR), Forces Françaises de l’Intérieur (FFI) et décoré de la médaille de la Résistance par décret du 17 décembre 1968 publié au journal officiel du 17 janvier 1969).
Jean Auguste ROBERT
Né à Marseille le 4 juillet 1917, Jean Robert est un jeune ouvrier électricien communiste, qui participe à la résistance armée. Militant clandestin dès 1939, il rejoint Nîmes en février 1940.
Arrêté le 2 janvier 1942 et interné au fort Saint-Nicolas à Marseille, il s’évade le 27 janvier et retourne à Nîmes où il prend la direction d’un groupe des Francs-tireurs et partisans français (FTPF).
Il participe avec Vincent Faïta à l’organisation clandestine du Parti communiste et donne l’assaut à un fourgon cellulaire, avec des camarades, pour le libérer. Rapidement repérés par la police, ils sont internés à la maison centrale de Nîmes le 12 mars 1943, trois jours après Vincent Faïta. Bien qu’atrocement torturés, ils ne dévoilent pas le nom des membres de leur organisation. Marguerite Darmasson, l’épouse de Jean, venue le voir en détention, ne le reconnait pas tant il est défiguré par les coups. Condamné à mort le 29 mars 1943, son recours en grâce reste sans suite. Il est alors âgé de 26 ans. Il laisse un fils, Jean-Claude.
Jean Robert sera homologué lieutenant des FFI à titre posthume.

