Curiosités & Trésors (Avril 2026)
Les Archives départementales conservent de précieux fonds iconographiques. On y retrouve des photographies, des cartes et plans, des affiches, des dessins, des gravures...
Selon le Dictionnaire de terminologie archivistique.doc (francearchives.gouv.fr)
:
- les documents figurés (ou iconographiques) sont des "Documents composés essentiellement d'images fixes comportant un élément de dessin, de figuration graphique ou photographique."
- les documents photographiques sont des "Documents sur support photographique, incluant les diapositives, les négatifs, les épreuves, voire les documents s'y rapportant".
- les documents cartographiques concernent "les cartes et plans, quelle que soit leur échelle".
Au fur et à mesure des classements, des inventaires sont élaborés et rendus disponibles en ligne.
Tous les mois, les Archives départementales du Gard vous proposent de découvrir des documents originaux et uniques extraits de leurs fonds iconographiques. Les "Curiosités & Trésors" du mois vous sont présentés.
Avril 2026
+ d'infos : "Le plan armorié de la cathédrale d’Alès : un manifeste spirituel et artistique" (Arch. dép. du Gard : 1 Fi 660)
Retrouvons le plan armorié de l’ancienne cathédrale d’Alès, dont nous avons présenté le commanditaire le mois dernier, afin d’aborder sa réalisation technique par deux architectes alors en vogue, Jean-Antoine Giral (1713-1787) et Jacques Donnat (1742-1824). En 1739, Giral avait déjà été l’architecte d'exécution pour la collégiale Saint-Jean-Baptiste de Pézenas.
Les Archives départementales du Gard conservent ce superbe plan ancien (68 x 48 cm), discrètement restauré, qui témoigne d’une finesse remarquable dans l’exécution du trait et révèle toujours des couleurs d’une belle tenue. Réalisé à l’encre, au lavis et à l’aquarelle sur papier vergé, il s’avère être le projet architectural initial de Giral, daté vers 1765.
Ce plan ne sera finalement pas exécuté, sur l’injonction du chapitre, les architectes durent proposer un autre projet, qui lui sera réalisé. Le document illustre néanmoins de l’ambition de Beauteville, prélat janséniste, d’ancrer l’édifice dans le style du siècle avec une empreinte néo-classique affirmée. Quant aux principes d'aménagement liturgique, conçus dans un esprit post-tridentin, ils rompent clairement avec les projets des décennies précédentes, et reflètent les orientations doctrinales de l’évêque. L’église cathédrale fut consacrée en 1780, quatre ans après la mort de Beauteville. Elle est classée monument historique depuis 1914.
Si l’on s’attarde sur les conventions graphiques, on constate qu’il s’agit avant tout d’un dessin de présentation : les cotes ne figurent pas, seule l’indication de l’échelle est précisée. La figuration de l’ombre est remarquablement traitée sur toutes les parties du dessin d’architecture, y compris sur les armoiries. Ligne et ombre se conjuguent donnant au plan une impression accrue de relief et de profondeur, particulièrement visible au niveau du transept. Les traits, fins et géométriques, offrent un excellent niveau de détail. Les couleurs, codifiées, obéissent à un usage rigoureux : le rose pour les murs en coupe, le brun pour les parties en bois et le lavis gris pour les ombres.
On reconnait sur cette coupe de façade, la nef composée de trois travées, une charpente rendue avec une grande précision, ainsi que des éléments décoratifs soignés — guirlandes et chapiteaux corinthiens notamment. L’excellence du dessin, le jeu des couleurs et l’élégance de la réinterprétation des armoiries sont autant de signes destinés à séduire le commanditaire.
La maîtrise des conventions graphiques est alors fondamentale pour un architecte particulièrement lorsqu’il soumet un projet. La primauté du dessin est d’ailleurs rappelée dans l’Encyclopédie en 1754, lorsque François Blondel y écrit que :
le dessein peut être regardé comme le talent le plus essentiel à l’architecte.
Diderot partage cette idée et considère le dessin comme le fondement de tous les arts : peinture, sculpture, architecture... C’est d’ailleurs au 18e siècle que Gaspard Monde va publier La Théorie des ombres et de la perspective, donnant un cadre conceptuel et technique qui influencera durablement les arts picturaux, tandis que Nicolas Buchotte publie en 1722 Les Règles du lavis et du dessin.
Le talent artistique prévaut alors : l’architecte est alors avant tout un artiste.
Si l’on retient la réussite technique et l’intérêt esthétique de ce plan, son contexte de production, à la fin de l’Ancien Régime, n’en demeure pas moins captivant. En France, les arts de la construction connaissent alors une mutation profonde : l’architecte se projette par le dessin, dont la pratique graphique se structure et atteint une virtuosité qui fait de cette époque un moment fascinant et incontournable de l’histoire de l’art et de l’architecture.