Curiosités & Trésors (Mai 2026)

Les Archives départementales conservent de précieux fonds iconographiques. On y retrouve des photographies, des cartes et plans, des affiches, des dessins, des gravures... 

Selon le Dictionnaire de terminologie archivistique.doc (francearchives.gouv.fr) :

  • les documents figurés (ou iconographiques) sont des "Documents composés essentiellement d'images fixes comportant un élément de dessin, de figuration graphique ou photographique."
  • les documents photographiques sont des "Documents sur support photographique, incluant les diapositives, les négatifs, les épreuves, voire les documents s'y rapportant".
  • les documents cartographiques concernent "les cartes et plans, quelle que soit leur échelle"

Au fur et à mesure des classements, des inventaires sont élaborés et rendus disponibles en ligne.

Tous les mois, les Archives départementales du Gard vous proposent de découvrir des documents originaux et uniques extraits de leurs fonds iconographiques. Les "Curiosités & Trésors" du mois vous sont présentés.

Mai 2026

+ d'infos : Entre roselières et sansouïres, l’emblématique négafol (Arch. dép. du Gard : 59 Fi 311)

Ce mois-ci, embarquons avec Gaston Bouzanquet sur l’étang de Scamandre, en Camargue, à bord d’un négafol.

Le photographe gardois a consacré une série de clichés à la pêche et à la chasse dans cette zone marécageuse. Ces photographies sur plaques de verre datent du début du XXᵉ siècle et sont conservées dans la sous-série 59 Fi des Archives départementales du Gard.

Si les eaux intérieures du Scamandre sont connues pour être très poissonneuses, son avifaune est également réputée et abrite une multitude d’espèces, dont une grande variété de gibier d’eau. C’est donc dans ce bel écrin naturel que notre photographe a pu participer à des journées de chasse, notamment aux canards et aux foulques. Cette activité pouvait se pratiquer à pied, en suivant son chien, à l’affût — à la passée du matin ou du soir — ou encore en barque, sur les innombrables voies d’eau de l’étang.

Sur notre photographie, il s’agit d’un retour de chasse à bord de la barque traditionnelle des étangs du littoral gardois, le négafol, également appelé négachin.

Le peu de stabilité de ces embarcations rudimentaires, à faible tirant d’eau, a été conservé dans la langue vernaculaire, donnant lieu aux expressions "noie-fou", "nègue-chien" ou "noie-chien".

La fine barque à fond plat et au nez pointu est aisément reconnaissable, tout comme la partego, (ou partégue), cette longue perche en bois qui permettait de diriger le frêle esquif sur l’eau et qui pouvait être recouverte de suie de manière à avancer encore plus discrètement. Habituellement construit en pin, le négafol obéit à des règles de fabrication bien établies. Au XXᵉ siècle, Aigues-Mortes était notamment réputée pour la construction de ce type de barques, en particulier au chantier Pfister, aujourd’hui chantier naval Sirvent.

Les pêcheurs et chasseurs de ces pays d’étangs — milieux hostiles et difficiles d’accès — tiraient malgré tout profit de la richesse de ces eaux intérieures, qui leur permettaient généralement de subvenir à leurs besoins alimentaires. Si la chasse au gibier d’eau est une activité séculaire et traditionnelle, pratiquée depuis le Moyen Âge, au début du XXᵉ siècle elle suscite de surcroît un engouement et attire désormais une élite soucieuse de dépaysement et de découverte de ces zones humides. Ainsi, dans les photographies de Gaston Bouzanquet sur l’étang de Scamandre se côtoient pêcheurs locaux et chasseurs occasionnels issus de classes favorisées.

Symbole discret mais puissant de l’identité camarguaise, intimement liée aux milieux humides peu profonds qui caractérisent la Camargue historique, le négafol incarne les pratiques séculaires de nos territoires et une pratique toujours bien vivante.

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