Curiosités & Trésors (Mars 2026)

Les Archives départementales conservent de précieux fonds iconographiques. On y retrouve des photographies, des cartes et plans, des affiches, des dessins, des gravures... 

Selon le Dictionnaire de terminologie archivistique.doc (francearchives.gouv.fr) :

  • les documents figurés (ou iconographiques) sont des "Documents composés essentiellement d'images fixes comportant un élément de dessin, de figuration graphique ou photographique."
  • les documents photographiques sont des "Documents sur support photographique, incluant les diapositives, les négatifs, les épreuves, voire les documents s'y rapportant".
  • les documents cartographiques concernent "les cartes et plans, quelle que soit leur échelle"

Au fur et à mesure des classements, des inventaires sont élaborés et rendus disponibles en ligne.

Tous les mois, les Archives départementales du Gard vous proposent de découvrir des documents originaux et uniques extraits de leurs fonds iconographiques. Les "Curiosités & Trésors" du mois vous sont présentés.

Mars 2026

+ d'infos : "Le plan armorié de la cathédrale d’Alès : un manifeste spirituel et artistique" (Arch. dép. du Gard : 1 Fi 660)

Jean-Antoine Giral, dernier descendant d’une dynastie d'architectes à qui l’on doit notamment l’aménagement de la place du Peyrou à Montpellier, a signé un plan du XVIIIe siècle conservé aux Archives départementales du Gard, dans la série des Cartes & Plans (1 Fi).

Ce mois-ci, nous vous proposons un éclairage sur l’origine et l’histoire de ce document. Le mois prochain, une analyse plus formelle viendra en prolonger la découverte. Le titre précise qu’il s’agit d’une "Coupe sur la longueur de la cathédrale d’Alès établit selon les projets des sieurs Giral et Donnat,… ". Ce plan – et par extension la reconstruction de l’édifice – marquent l’aboutissement d’une volonté exprimée dès le début du siècle précédent : doter le diocèse d’Alès d’un sanctuaire renouvelé et agrandi.

Jean-Louis du Buisson de Beauteville (1708-1776), évêque de 1756 à 1776, mort en exercice le 25 mars – jour de la fête de l'Annonciation – en fut le principal promoteur. La cathédrale étant par définition l’église de l’évêque, il était d’usage qu’il en commande lui-même les plans. Principal financeur des travaux, l’évêque parvint à obtenir les ressources nécessaires, notamment grâce au soutien de Louis XV, et aux revenus de la prospère abbaye de Fécamp.

Ses armoiries figurent en bonne place sur le document. À la fois science et art visuel, l’héraldique ecclésiastique est un langage extrêmement codifié. Dans les fonds spéciaux de la bibliothèque des Archives départementales, il n’est pas rare d’en trouver des représentations utilisées comme ex-libris.

La version armoriée présentée ici offre une variante par rapport à celle décrite par l’héraldiste Denis François Gastelier de la Tour : la devise familiale en est absente, mais l’identification du porteur reste certaine. Le blason est encadré par "les tenants", deux anges, qui ont entre les mains les houppes habituelles – au nombre de vingt – du chapeau à cordelière, symbole de la dignité épiscopale. Parmi les autres ornements, on retrouve la couronne de marquis, surmontée ici de la crosse et de la croix qui a remplacé l’habituelle mitre.

Une certaine liberté artistique se manifeste dans le dessin de l’écu, traité en cartouche baroque, c’est à dire un bouclier encadré de volutes et de motifs rococo.  Au contraire, le blasonnement demeure très rigoureux : il comporte, comme "meubles" héraldiques, un lion, trois coquilles et un buisson, rappelant le nom et la lignée du prélat.

Élément essentiel du document, les armoiries de Buisson de Beauteville, adaptées à l'échelle du plan, constituent la véritable signature de cette commande, presque un acte officiel de patronage. Elles affirment à la fois l'autorité spirituelle et temporelle de l’évêque et reflètent les codes esthétiques de l’époque, à la croisée du rococo et du néoclassicisme.