Le Groupe "Collaboration" dans le Gard

Introduction par Armand Cosson, historien

Installé à l’automne 1940, le groupe Collaboration affiche ses prétentions intellectuelles visant à rallier la bourgeoisie cultivée et les milieux d’affaires en devenant un cercle de notables au sein de la mécanique allemande. Présidé par Alphonse de Chateaubriand, écrivain et directeur un temps du quotidien parisien La Gerbe, il compte en septembre 1943, 62 sous-comités en province, 29 en zone nord et 33 en zone sud dont celui du Gard. Celui-ci comprend, en 1942, 270 membres dont 85% résident à Nîmes et 15% à Alès. Ce sont surtout des libraires, des éditeurs, des avocats, des ingénieurs, des négociants et des industriels.

Il organise des réunions hebdomadaires, diffuse des livres dont une centaine compose sa bibliothèque, conservée aux Archives départementales du Gard, souvent traduits de l’allemand, qui concernent surtout l’économie et l’emploi, cibles privilégiées de l’organisation dans le département, sans oublier la jeunesse. Le but est de mieux faire connaître l’Allemagne pour œuvrer à son rapprochement dans l’Europe d’Hitler en construction.

Mais l’organisation gardoise est vite minée par des rivalités personnelles dans sa section cévenole. Ils ne sont bientôt plus que 200, pour la plupart des ultras de la Milice. Ils veulent le départ de Pétain et l’avènement d’une dictature nazie. C’est la période finale du régime de Vichy, devenu État milicien en janvier 1944 avec le collaborationnisme au pouvoir, où Joseph Garette donne la pleine mesure de son activité.

Il est alors secrétaire général du groupe pour le Gard et toute la zone sud du pays. Représentant de commerce, il a démissionné après l’armistice pour entrer dans le groupe. Il est en relation étroite avec Fitz, directeur de l’Office de placement allemand (OPA) de Nîmes, chargé avec sa propre police de recruter des travailleurs volontaires pour l’Allemagne et de rechercher des réfractaires au Service du Travail Obligatoire (STO). Il connaît Goering et jouit de puissants soutiens de la part de l’occupant.

À la Libération, la cour martiale de Nîmes, qui siège entre le 31 août et le 25 septembre 1944, juge la bande de l’OPA dont 5 membres sont condamnés à mort et exécutés le 18, sauf Garette qui réussit à s’enfuir à l’étranger échappant ainsi à l’exécution.

Les conférences de Fiedrich Grimm dans le Gard

En juin 1942, le docteur Fiedrich Grimm, membre du Reichstag et professeur honoraire à l’université de Münster (Allemagne) vient en déplacement à Nîmes et Alès.

Né en 1888, à Düsseldorf en Allemagne, le docteur Grimm est un écrivain et juriste au service de la propagande nazie, notamment en France durant l’Occupation.

Il travaille sur le traité de Versailles à l’université en manifestant ouvertement son hostilité au traité. Chargé de cours à l'université de Münster à partir de 1922, il est promu professeur de droit international en 1927.

Après avoir rencontré le Führer en 1932, il devient l’un de ses experts attitrés pour toutes les questions intéressant l’Europe. Collaborateur de Joseph Goebbels, homme d’État allemand dans le cercle rapproché d’Hitler, Fiedrich Grimm devient conseiller d’ambassade à Paris en 1940.

Il donne alors de nombreuses conférences en France sous l’égide entre autres du groupe Collaboration du Gard.

Ses conférences rencontrent un vif succès auprès d’un auditoire acquis aux idées nationalistes. C’est notamment le cas lors d’un déplacement à Nîmes et Alès en 1942. Arrivé le 9 juin dans la matinée à Nîmes, accompagné du délégué général du groupe Collaboration, M. Lange, il se rend brièvement à la préfecture du Gard avant de prendre la direction d’Alès avec le préfet Chiappe pour rejoindre la chambre de commerce où il est accueilli par le président et acclamé par 300 personnes, notamment des représentants des différents secteurs économiques du bassin alésien.

► Extrait du discours prononcé par le préfet Chiappe avant la prise de parole de Fiedrich Grimm à Alès :

Et vous savez tous que le maréchal Pétain et le président Laval qui mènent la politique de collaboration n’ont qu’un sentiment : celui de l’avenir et de la grandeur de la patrie […]. Il appartient maintenant à chacun d’entre nous, de montrer à nos vainqueurs que nous comprenons la nécessité d’un ordre Européen nouveau et que nous sommes prêts à les aider à l’instaurer.

► Extrait du discours prononcé par le président de la chambre de commerce d’Alès avant la prise de parole de Fiedrich Grimm :

Au nom de l’industrie et du commerce de la région cévenole, au nom de la Chambre de commerce d’Alès comme au mien, je me joins à vous, Monsieur le préfet, pour saluer Monsieur le docteur Grimm, le remercier de sa visite […]. Votre tâche, Monsieur le docteur, est grande et belle mais rude. Puissiez-vous réussir. C’est notre vœu sincère. Quant à nous, vos auditeurs de ce jour, vous nous trouverez toujours groupés derrière notre maréchal et son gouvernement.

Après un déjeuner d’une vingtaine de couverts réunissant le président de la chambre de commerce, le sous-préfet d’Alès, le maire d’Alès, le président de la Région, le délégué départemental à la propagande du maréchal et le président du groupe Collaboration du Gard, il revient sur Nîmes dans l’après-midi. Après avoir visité la ville, il est invité à un apéritif offert par le groupe Collaboration du Gard à l’hôtel Imperator en présence du préfet Chiappe et des principales autorités locales. 

Fiedrich Grimm anime ensuite une conférence dans la soirée au foyer communal de Nîmes sous la présidence du préfet Chiappe à laquelle assistent près de 3 000 personnes. Des haut-parleurs sont également installés place de la Calade. La conférence est introduite par un discours du préfet Chiappe, extrait :

Je vous demande d’apporter la plus grande attention à la conférence de Monsieur le docteur Grimm, jurisconsulte éminent et vice-président de l’association" France-Allemagne". La venue de cet inlassable pèlerin d’une grande cause marquera une date dans l’histoire du département. Je donne la parole à Monsieur Garette.

Joseph Garette, président du groupe Collaboration du Gard s’exprime à son tour. Monsieur Lacour-Olle, prisonnier récemment libéré et Monsieur Salem, délégué départemental à la propagande sociale du maréchal prennent ensuite tour à tour la parole.

Fiedrich Grimm vante dans sa conférence le rapprochement franco-allemand en insistant sur la nécessité d’une reconstruction européenne. Il souligne sa récente rencontre avec le maréchal Pétain et acclame le président Laval. La conférence s’achève sur ces cris :

Vive Pétain, vive Laval. 

Fiedrich Grimm revient à Nîmes le 17 octobre 1943 avec Philippe Henriot, propagandiste et collaborateur notoire avec l’occupant.

Charles Roumegous, nouveau chef départemental de la Milice du Gard après la démission de Joseph Dire, demande à l’inspecteur d’académie la réquisition des locaux de l’école pratique afin de pouvoir organiser le stationnement de plusieurs centaines de francs-gardes (miliciens).

La rencontre initialement prévue aux arènes est transférée en raison de la pluie dans la grande salle du foyer municipal en présence de 3 000 participants dont de nombreuses personnalités locales, monsieur Velay, maire de Nîmes, monsieur Roumegous, chef départemental de la Milice, monsieur Garette, chef du groupe Collaboration du Gard ou encore monsieur Liron, directeur local de la Légion française contre le bolchevisme (LVF).

Le service d’ordre est assuré par les membres de la Milice, du groupe Collaboration et du Parti populaire français (PPF) ayant revêtus l’uniforme pour l’occasion. La scène est pavoisée des couleurs tricolores et de la croix gammée. Joseph Garette, chef du groupe Collaboration du Gard ouvre la séance avant de donner la parole à Fiedrich Grimm. Ce dernier construit son discours autour d’une "Europe Nouvelle" qui doit passer par "une politique de collaboration loyale" depuis que "le Chancelier Hitler a tendu la main à la France à Montoire". Il laisse ensuite la parole à Philippe Henriot, revêtu de l’uniforme milicien, qui fustige le bolchevisme :

Réveillez-vous Français […] serrez vos rangs autour de votre chef vénéré, tandis qu’à l’horizon, dans les steppes de la Russie rouge, les hommes de Staline ont levé l’étendard de la tyrannie. 

La manifestation se termine au chant de la Marseillaise et de l’hymne allemand hitlérien. Un banquet est ensuite servi à l’hôtel Imperator à Nîmes pour les officiels auxquels se joignent des représentants des troupes d’opérations, de l’ambassade, et du consulat d’Allemagne. 

Certains Nîmois s’offusquent toutefois de cette manifestation en critiquant les défilés aux sons militaires allemands à l’issue de la conférence alors qu’un dispositif de police exceptionnel quadrille le territoire (2 commissaires de police, 150 gardiens mobiles, 180 gardiens urbains, 1 000 miliciens et 50 gendarmes). La manifestation se déroule sans incident notable.