Les 100 ans de la carte du combattant

1926-2026 : un siècle de reconnaissance nationale

Instituée en 1926 au lendemain de la Première Guerre mondiale, la carte du combattant témoigne de la reconnaissance de la Nation envers ceux qui ont combattu pour la France. À la fois document administratif, titre honorifique et accès à des droits spécifiques, la carte du combattant garantit un véritable statut à l’ancien combattant. 

Au lendemain de la Grande Guerre

La carte du combattant est créée par l’article 101 de la loi de finances du 19 décembre 1926, dans un contexte marqué par les conséquences humaines, sociales et politiques de la Première Guerre mondiale. Après 1918, la France doit en effet faire face au retour de millions d’hommes démobilisés, parmi lesquels figurent de nombreux blessés, mutilés et anciens soldats profondément meurtris par l’expérience du front.

Cette création répond à une revendication forte du monde combattant : obtenir de l’État non seulement une réparation morale et matérielle, mais aussi une reconnaissance officielle de l’engagement de ceux qui ont vécu la guerre et qui en porte les stigmates physiques et psychologiques. La carte du combattant s’inscrit donc dans une politique publique fondée sur trois principes :

  • réparation,
  • reconnaissance
  • et solidarité.

Outres, l’identification administrative des anciens combattants, la carte affirme que ces derniers ont rendu un service particulier à la Nation et qu’à ce titre ils peuvent bénéficier d’un statut spécifique. Elle traduit en acte la volonté républicaine d’honorer ceux qui ont porté les armes.

Une carte délivrée par l’Office national du combattant

La délivrance de la carte est confiée à l’Office national du combattant, créé à la même période, puis organisé par le décret du 28 juin 1927. Cet établissement public, structuré autour d’un échelon national et organisé en comités départementaux, est chargé de veiller aux intérêts moraux et matériels des combattants. Sa mission première est précisément d’assurer la délivrance de cette nouvelle carte d’identité du monde combattant.

Au fil du temps, l’institution évolue. Dans les années 1930, les structures en charge des anciens combattants, des mutilés et des pupilles de la Nation sont regroupées, avant de devenir, après la Seconde Guerre mondiale, l’actuel Office national des anciens combattants et des victimes de guerre (ONaCVG).

Qui pouvait obtenir la carte ?

À l’origine, la carte du combattant n’est pas accordée à tous les mobilisés indistinctement. Elle est réservée à ceux dont l’engagement a été jugé particulièrement significatif, notamment les militaires blessés de guerre ou ceux qui ont servi au moins trois mois dans une unité combattante. Selon l’historien Ivan Pacheka, seuls 52 % des effectifs engagés dans la Grande Guerre ont finalement bénéficié de cette carte.

Ces critères montrent bien la portée symbolique du document : il ne s’agit pas simplement de constater une présence sous les drapeaux, mais de reconnaître une expérience directe du combat.

Avec le temps, les règles d’attribution ont évolué. Les conflits du 20e siècle et les opérations extérieures ont conduit à diversifier les critères, en prenant en compte non seulement l’appartenance à une unité combattante, mais aussi la durée de présence sur un théâtre d’opérations, la participation à des actions de feu, les blessures ou les citations.

Ci-dessous : dossier d’attribution de la carte de combattant volontaire de la Résistance à Ida Camproux, agent de liaison, arrêtée pour faits de résistance le 27 mai 1944 et incarcérée à la citadelle de Pont-Saint-Esprit (1947-1948) (Arch. dép. du Gard : 1446 W 17)

Une reconnaissance ouvrant des droits

La carte du combattant possède outre une forte valeur symbolique, des effets très concrets. Son attribution ouvre droit à plusieurs dispositifs de reconnaissance nationale : allocation de reconnaissance du combattant (anciennement retraite du combattant), qualité de ressortissant de l’ONaCVG, possibilité de constituer une rente mutualiste majorée par l’État, port de la croix du combattant, ou encore certains avantages fiscaux.

Dès les années 1930, la carte s’insère donc dans un ensemble plus large de mesures destinées à accompagner les anciens combattants dans leur vie sociale et matérielle. 

De la Grande Guerre aux conflits contemporains

Pensée d’abord pour les anciens combattants de 1914-1918, la carte du combattant a ensuite été étendue à d’autres générations du feu. Elle concerne successivement les anciens de la Seconde Guerre mondiale, des conflits d’Indochine et de Corée, de la guerre d’Algérie et des combats au Maroc et en Tunisie, puis les militaires ayant participé à des opérations extérieures (OPEX). Cette extension progressive traduit la volonté de l’État d’unifier, sous une même reconnaissance, des expériences combattantes pourtant très différentes. L’attribution de la carte a aussi été ouverte aux femmes qui se sont particulièrement illustrées au sein de la Résistance au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Les règles ont d’ailleurs continué d’évoluer récemment. Le décret du 20 décembre 2023 a assoupli certaines conditions d’attribution et a prévu, à compter du 1er janvier 2024, des dispositions permettant la remise de la carte aux ayants cause de personnes dont l’acte de décès porte la mention "Mort pour la France". Cette réforme montre que la carte du combattant demeure un dispositif dynamique, adapté aux réalités contemporaines. 

Un document précieux pour les archives et pour l’histoire

Pour les archivistes comme pour les chercheurs, la carte du combattant présente un intérêt particulier. Elle porte généralement le nom, les prénoms, la date et le lieu de naissance, le domicile, parfois la signature et surtout une photographie du titulaire, ce qui en fait une source d’un grand intérêt pour l’histoire individuelle et familiale.

Les dossiers de demande peuvent également contenir des renseignements utiles sur les services accomplis, les blessures, les unités ou les démarches entreprises pour faire reconnaître la qualité de combattant. Toutefois, ces dossiers ont souvent été éliminés à l’issue de leur utilité administrative, car une partie des informations figurait déjà dans les registres matricules militaires. C’est pourquoi les cartes conservées ou les dossiers échantillonnés revêtent aujourd’hui une valeur documentaire particulière.

FranceArchives souligne ainsi que plusieurs services d’archives départementales ont choisi de conserver et de numériser des ensembles de cartes du combattant, en particulier lorsqu’elles comportaient une photographie. Ces initiatives rappellent que la carte du combattant n’est pas seulement un titre juridique : elle est aussi un témoignage concret de trajectoires humaines, au croisement de l’histoire militaire, sociale et administrative. 

1926-2026 : un centenaire pour rappeler le sens d’une reconnaissance

Le centenaire de la carte du combattant offre l’occasion de rappeler la place singulière de ce document dans l’histoire contemporaine française. Créée au lendemain de la Grande Guerre, adaptée ensuite aux conflits du 20e et du 21e siècle, elle incarne depuis cent ans la reconnaissance de la Nation envers celles et ceux qui ont combattu en son nom.

Au-delà de sa dimension administrative, la carte du combattant est donc un objet de mémoire. Elle dit à la fois l’engagement individuel, la solidarité entre générations combattantes et la manière dont l’État a construit, dans la durée, une politique publique de reconnaissance. À ce titre, elle demeure un repère essentiel pour comprendre l’histoire des anciens combattants en France et la place qu’ils occupent dans la mémoire nationale aujourd’hui.