Curiosités & Trésors (Octobre 2026)
Les Archives départementales conservent de précieux fonds iconographiques. On y retrouve des photographies, des cartes et plans, des affiches, des dessins, des gravures...
Selon le Dictionnaire de terminologie archivistique.doc (francearchives.gouv.fr)
:
- les documents figurés (ou iconographiques) sont des "Documents composés essentiellement d'images fixes comportant un élément de dessin, de figuration graphique ou photographique."
- les documents photographiques sont des "Documents sur support photographique, incluant les diapositives, les négatifs, les épreuves, voire les documents s'y rapportant".
- les documents cartographiques concernent "les cartes et plans, quelle que soit leur échelle".
Au fur et à mesure des classements, des inventaires sont élaborés et rendus disponibles en ligne.
Tous les mois, les Archives départementales du Gard vous proposent de découvrir des documents originaux et uniques extraits de leurs fonds iconographiques. Les "Curiosités & Trésors" du mois vous sont présentés.
Octobre 2026
+ d'infos : Du souvenir familial au patrimoine archivistique (Arch. dép. du Gard : 19 Fi)
Ce mois-ci, arrêtons-nous sur le début du XXe siècle, moment où la photographie amateur, portée par les innovations techniques, devient une pratique de plus en plus répandue et, sans le savoir, une source majeure pour l’histoire.
C’est la photographe nîmoise Adèle Néant (1862-1942) que nous avons choisie pour aborder les archives photographiques privées aux Archives départementales du Gard à travers le fonds Séguron (sous-série 19 Fi). Celui-ci rassemble 858 négatifs sur verre formant un ensemble de clichés familiaux datés des années 1900 à 1920.
Jusqu’aux années 1870, photographier suppose de préparer soi-même sa plaque au collodion humide puis de la développer aussitôt, ce qui réserve cette pratique aux professionnels et à quelques passionnés fortunés.
L’arrivée des plaques sèches au gélatino-bromure d’argent change la donne, tandis que les temps de pose raccourcissent et que les appareils s’allègent. Au début du siècle, la photographie pénètre la sphère privée. Les procédés industriels progressent, et la pratique fait aussi évoluer le regard vers plus de spontanéité lors de la prise de vue.
Nous avons retenu quelques photographies dont une représentant l’ancien théâtre de Nîmes, détruit par un incendie en 1952. Par cette image particulièrement vivante, la photographe contribue à documenter un bâtiment aujourd'hui disparu, conférant à ce cliché un intérêt scientifique probant. D’autres vues nous introduisent dans la famille, parfois de manière très intimiste avec ce portrait d’une jeune femme tenant un violon qui témoigne d’une véritable recherche de la composition. Ce qui est particulièrement intéressant dans certaines photographies d’Adèle Néant, c’est la réappropriation des codes du portrait du photographe de studio par la photographe amateure – c’est notamment le cas avec la vue où deux femmes posent devant un drap. D’autres vues révèlent une recherche originale et parfois amusante dans la conception ou le cadrage.
Pour les chercheurs, ces photographies constituent une source iconographique d'une grande richesse.
Elles alimentent également l'histoire sociale et culturelle : dès 1965, Pierre Bourdieu et son équipe, dans Un art moyen, ont montré combien la pratique photographique amateur révèle les usages sociaux, les hiérarchies et les modes de représentation d'une société.
Mais au-delà de l’intérêt documentaire, ces images touchent, voire bouleversent.
Ces regards composent une mémoire collective d'une richesse incomparable : images fugaces de la vie familiale, témoignages spontanés et expériences humaines partagées. Réalisés sans songer à la postérité, ces clichés sont empreints de cette liberté qui fait la force singulière de la photographie.
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